jeudi 7 décembre 2017

le coin de Jean Claude : La Route de la Soie, son origine

Pourquoi s’intéresser à la Route de la Soie ?


Le terme de Route de la Soie a  été inventé au 19e siècle par un explorateur pour désigner un ensemble de routes sur un axe partant du centre de la Chine (Chang'he) et passant par des contrées désertiques ou semi désertiques, traversant des oasis ou de grandes villes, pour aboutir à la Méditerranée. Il s'agit d'un long trajet qu'emprunte dès le 2e siècle avant J-C la soie de Chine pour arriver sur les marchés persans et jusqu'à l'Empire romain, puis beaucoup plus tard jusqu'aux cours royales d'Europe.
Cet immense territoire qu'est l'Asie centrale jusqu'au Proche Orient a lui-même une
histoire mouvementée de l'Antiquité jusqu'à la fin de la Renaissance européenne.
C'est d'abord l'histoire de tribus nomades dont certaines se sédentarisent pour donner de grandes civilisations à partir de Cités-Etats pour parvenir à de grands Empires :
Empires Babyloniens, Assyriens, Perse, Parthes, Perses chiites, et Musulmans sunnites arabes et turcs. Les conversions religieuses se font au gré des conquêtes soit par adoption par les conquérants, soit dans le sens inverse.

La voie principale, celle de la Soie, vient de Chine, traverse le désert du Taklamacan, rejoint Samarcande - au Nord de la Perse et à la limite des steppes parcourues par les peuples turco-mongols -  et arrive par Bagdad jusqu'aux Cités commerçantes de la côte syrienne (pour simplifier). Mais d'autres voies commerciales rejoignent la voie principale pour le trafic de diverses marchandises précieuses : par le Cachemire vers la Sogdiane-Bactriane pour les produits venant de l'Inde, de l'Europe du Nord par Kiev et la Mer Noire. Les échanges ne se font pas que dans le sens Est-Ouest mais également dans le sens inverse. L'Egypte est au contact par la côte méditerranéenne
avec la Route terrestre de la Soie, mais aussi par la Mer Rouge avec les ports de l'Océan indien.
 Tout au long de l'Histoire, des Cités feront leur fortune de ces échanges commerciaux : des Sogdiens de Samarcande jusqu'aux Vénitiens. Des retournements de situation politique menacent cette route : la désorganisation d'un pays ou une invasion destructrice et c'est l'interruption de la Route. La soie était plus qu’un tissu : un moyen de paiement et un terme d'échange international. Sa route suivait des pistes anciennes et traditionnelles que connaissaient par segments de véritables pilotes qui devaient savoir selon les cas les points de repère, les dangers, les sources etc..
La soie croisait  d'autres termes d’échange : pierres précieuses, céramiques, épices, fruits, chevaux, esclaves, armes, bijoux, textiles etc.

Il est intéressant d'observer que les Mongols, dont les techniques cavalières destructrices et sanglantes ont détruit des pôles de civilisation pour imposer  leur Empire, ont compris l’intérêt de  la Route de la Soie au point d'en organiser
sa sécurité (par les escortes armées, des relais fortifiés, une surveillance active.


 La Route de la Soie n'est pas seulement une aventure commerciale, c'est aussi le lieu de contact de civilisations, de techniques artistiques et artisanales, d'inventions, et du savoir universel. Les livres et les traductions sont un bien inestimable !Pour accueillir marchands, pélerins, soldats  et aventuriers on devra construire des caravansérails dont il ne reste souvent que des ruines aujourd'hui ; les circuits touristiques actuels peuvent cependant présenter quelques caravansérails, mosquées et médersas (universités) dans les villes principales de l'islam.

Les informations ne se communiquent pas uniquement par les livres mais par les récits de voyage et le colportage de légendes. La religion emprunte souvent les mêmes voies que le savoir, et  les routes commerciales deviennent parfois des chemins de pélerinage. (en témoignent de nombreux temples bouddhistes à l'Ouest de la Chine actuelle). Au début de son histoire les religions ou philosophies  traversées par la route de la soie étaient le taoïsme ou le confucianisme, le mazdéisme persan, le manichéisme, et le polythéisme gréco-romain. Le bouddhisme s'étendit de l'Afghanistan jusqu'en Chine en passant par l'Est de l'Iran (Perse). Puis vinrent l'Eglise chrétienne d'Orient (syrienne ou Nestorienne) et l'Islam qui investit la plupart des peuples turco-mongols et la Perse. C'est au moment des croisades que Saint Louis
confie à un érudit franciscain Guillaume de Rubrouck, une mission de renseignement et de diplomatie envisageant la conversion mongole et la possibilité d'une coalition contre l'emprise des Mameluks en Syrie. Pour rencontrer le Grand Khan, Guillaume de Rubrouck parcourra l'Asie de Constantinople à Karakorum pas loin du désert de Gobi.

La tentative de monopole confiscatoire de certains empires (Parthes ou Ottomans par exemple) entraîneront en réaction, la recherche d'itinéraires de contournement : d'abord par les Arabes qui par la Mer Rouge arrivent jusqu'aux Indes, tentative de trouver une route du Nord par la mer de Barentz, découverte par les Portugais du cap sud de l'Afrique et découverte de la route du Pacifique par Magellan.

La Route de la Soie a mis en communication des peuples très divers : c'est un embryon de mondialisation pour des peuples qui s'étaient développés séparément.
Mais son histoire, après avoir été mise en sommeil est encore liée à l'actualité : une nouvelle route est en construction pour les échanges entre la Chine et l'Europe.  
Autres exemples : des Tatars habitent toujours en Crimée, les descendants de Cosaques en Ukraine ; après  le démembrement de l'URSS beaucoup de républiques turques ont pris leur indépendance, les Ouigours de l'Ouest de la Chine (XinJiang)et sont commee les Tibétains en conflit avec la Chine ; au Moyen Orient les religions chiites et sunnites sont toujours en conflit ; des minorités religieuses d'origine très anciennes se trouvent partout en difficulté quand les religieux prennent le pouvoir.
Essayer de comprendre l'histoire de la Route de la Soie et de ses peuples,

et de la confronter avec les rares images que l'on peut en avoir à notre époque (les contes des Mille et une nuits, Michel Strogoff, Tarass Boulba, Attila, Gengis Khan, Attila) est une suite d'étonnements et donne rapidement le vertige. C'est une aventure intellectuelle qui vaut le coup d'être menée...

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