vendredi 8 septembre 2017

Le coin de Bruno et Paule : Le bestiaire des Routes de la Soie


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Le bestiaire des Routes de la Soie
Au Moyen Âge, un bestiaire est un ouvrage qui décrit les animaux, réels ou fabuleux. 
Dans le bestiaire dit fantastique, le Dragon, le Phénix et la Licorne figurent en bonne placemais au Moyen Âge ils étaient considérés comme réels.
La culture chinoise en est particulièrement imprégnée car quatre animaux ont assisté à lacréation du monde par Pangu : le Dragon, le Phénix, la Licorne et la Tortue noire. Pour trois d’entre eux, ils se manifestent également dans d’autres civilisations des Routes de la Soie, mettant en relief les échanges culturels intervenus.
Le Dragon
Le dragon chinoisde couleur jaune, noire ou rouge est né sous la dynastie Shang (XVIè siècle à 1050 avant J.C). Il prend sa forme quasi définitive sous les Han (206 avant J.C – 220 après J.C).
Le dragon chinois est un dragon aquatique, gardien des eauxIl ne porte jamais d’ailes. Paréde toutes les vertus, il évoque la bienveillance et la bonne fortune. L’empereur est considéré comme le « Fils du Dragon ». Son habillement y fait référence : sur ses robes et celles de la cour figurent un ou des dragons.
Ces « robes-dragons » permettaient de reconnaître le rang social de celui qui les portait car le nombre de griffes de ces dragons était codifié. Ainsi, 5 griffes étaient attribuées au dragon de la robe de l’empereur, 4 à celui des princes et 3 seulement à celui des hauts fonctionnaires.
Le dragon occidental, quant à lui, était d’abord représenté comme un serpent de grande taille portant une queue vénéneuse. Puis, il s’est muni de pattes et d’ailes (empruntées aux représentations chinoises de démons maléfiques)avant de cracher du feu. Il est lié aux éléments sataniques, que tout héros se doit de combattreC’est le cas, entre autres,  de Saint Georges ou de l’archange Saint Michel terrassant le dragon. 
Pour ce qui est de la culture mongole, le dragon en était absent jusqu’ à la dynastie des Yuan (1279-1368). Son origine peut venir de l’est comme de l’ouest mais il est probable qu’elle soit chinoise en raison de son nom le plus ancien, lu, proche du nom chinois lung.
L’image du dragon est également fréquente dans la civilisation de l’âge du Bronze du bassin  de l’Oxus (Amu Darya), zone comprenant la Bactriane (Afghanistan) et la Margiane (Turkménistan) entre 2400 et 1450 avant J.C. Il s’agit d’un dragon ailé, à tête de serpent. Cette civilisation était en rapport avec d’autres cultures par des réseaux d’échange s’étendant jusqu’au Golfe Persique et à la Mésopotamie mais aussi jusqu’au Levant.
Des pendeloques afghanes, dites « le souverain et les dragons », datées du 1er siècle, figurent également deux dragons entourant un personnage (Kaboul, Musée National d’Afghanistan).



Le Phénix
En Chine, le Dragon associé au Fenghuang (Phénix chinois)  est la représentation de l’empereur et de l’impératrice. Tous les vêtements et les parures de l’impératrice portent l’effigie du Fenghuang.
Le fenghuang a les yeux fendus en amande et une tête ronde bombée, surmontée d’une huppe de canard mandarin, un long cou de serpent et une queue fourchue comme celle d’un poisson. Son plumage est de cinq couleurs : blanc-pureté, bleu-équité, noir-impartialité, rouge-loyauté et jaune-sagesse. 
Selon la tradition, le Phénix (fenghuang en chinois), vivait en Chine au temps de Huangdi, l’empereur Jaune de l’époque légendaire (2697 à 2597 avant J.C. ou 2698 à 2598 avant J.C). Ce serait en écoutant son chant que Maître Linglun aurait inventé la première gamme musicale.
Dans la mythologie perse, le Simurgh est représenté sur des pièces de soie sassanides datant du VIème-VIIème siècle après J.C. Un récit iranien antique raconte que le Simurgh vit 1700 ans avant de plonger lui-même dans les flammes
Le poète iranien Farid ud-Din Attar (vers 1140-1230), dans le livre La Conférence des Oiseauxraconte l’histoire de 30 oiseaux partant à la recherche d’un Simurgh sous la conduite de la huppe. 
La représentation du Simurgh beaucoup évolué au fil du temps. A partir des invasions mongoles et de l’arrivée des influences  chinoises dans l’art persan, il prend la forme d’un phénix.
Le phénix est présent dans l’art islamique du XIVème/ XVème siècle et, notamment, dans le manuscrit arabe connu comme  Kitab al-bulhan ou  Livre des merveilles, créé entre 1390 et 1450. Comme le phénix occidental, il renaît de ses cendres.
La Licorne
Le Qilin, la licorne chinoise, est dotée d’un corps de grand cerf, d’une queue de buffle et de sabots de cheval, d’où son autre nom « cheval-dragon ». 
Sa robe est de 5 couleurs sur le dos, comme celle du Phénix et son ventre est entièrement jaune. Au milieu de son front pointe une corne charnue, signe de caractère pacifique. Le Qilin est symbole de sagesse et de grandeur. 
Elle se distingue donc entièrement de la licorne occidentale qui présente une robe blanche, signe de pureté, avec une longue épée torsadée sur le front.
Le Qilin apparaît également en Perse, sur des céramiques ou des tapis, car les peuples turco-mongols, héritiers de la civilisation chinoise classique, ont régné, sous la conduite de Tamerlan (1336-1405), sur un empire s’étendant jusqu’en Perse. Evoquant tantôt le cheval, tantôt le cerf ou tantôt le félin, il est souvent représenté par les artistes orientaux en train de combattre un lion ou un dragon.
Chez les Mongols, la licorne existe également mais il s’agirait d’un rhinocéros. Les différents noms qui lui sont attribués relèvent, en effet, d’emprunts au chinois, au sanscrit, à l’arabe, au persan et au tibétain, ce qui prouve que l’animal lui-même a été emprunté à d’autres cultures. 
Or, ces termes, pour la plupart, désignent un rhinocéros dans leur langue d’origine. Certains historiens pensent qu’au départ de la légende de la licorne en Asie centrale, il existerait donc un animal réel, qui aurait pu subsister dans ces contrées au Moyen Âge. 

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